Comité régional de l’enseignement agricole de Nouvelle-Aquitaine

29 juin 2026 – Limoges

Déclaration liminaire

Madame la Directrice Régionale, Monsieur le Président,

Cette réunion du CREA se tient dans un contexte marqué par un épisode caniculaire d’une intensité exceptionnelle ; canicule qui suit celle que nous avons déjà vécu au mois de mai et précéde celle que Météo France nous annonce dans quelques jours. Loin d’être isolés, ces épisodes sont désormais appelés à se multiplier. Ils interrogent notre capacité collective à protéger les personnels, les apprenant·es et à préparer l’avenir de l’enseignement agricole.

L’Élan Commun souhaite attirer l’attention du Ministère et de la Région sur quatre enjeux majeurs.

Premièrement, l'urgence de protéger les personnels et les apprenant·es face aux épisodes de forte chaleur.

Les conditions de travail, d’étude et d’examen deviennent, dans de nombreux établissements, particulièrement difficiles, voire parfois dangereuses. Salles de classe surchauffées, internats, ateliers, exploitations agricoles et chantiers pédagogiques exposent les élèves, étudiant·es, apprenti·es et stagiaires, comme les personnels, à des risques réels pour leur santé.

Pour les élèves les périodes de formation en entreprise sont aussi des moments particulièrement sensibles lors de canicule.

Il ne peut plus être question de gérer ces situations dans l’urgence ou au cas par cas. Nous attendons du ministère des consignes nationales claires, des moyens adaptés et des mesures de protection effectives permettant aux directions d’établissement d’adapter l’organisation du travail et des enseignements lorsque les conditions climatiques l’exigent.

Madame la Directrice Régionale, nous vous avons alerté régulièrement sur ce sujet et nous continuerons de le faire car en tant que service public, l’enseignement agricole a une responsabilité particulière afin de protéger dès aujourd’hui celles et ceux qui y étudient et y travaillent. Nous attendons de l’État et de ses représentant·es des engagements concrets et à la hauteur de ces enjeux.

Deuxièmement, l'adaptation de notre patrimoine immobilier aux conséquences du changement climatique.

Les épisodes de chaleur extrême mettent en évidence les limites de nombreux bâtiments de l’enseignement agricole. Une partie importante de nos établissements n’est plus adaptée aux réalités climatiques actuelles : isolation insuffisante, absence de protections solaires, manque de végétalisation, systèmes de ventilation inadaptés.

Il en va de même dans les exploitations agricoles et dans les ateliers technologiques, dans lesquels se rajoutent les problématiques de bien être animal.

La Région, propriétaire et gestionnaire des lycées agricoles et des exploitations, doit faire de cette question une priorité de son programme d’investissement. Les rénovations énergétiques ne doivent plus être pensées uniquement sous l’angle des économies d’énergie hivernales, mais également comme des réponses à l’augmentation durable des températures estivales. Adapter les établissements au changement climatique est désormais une nécessité pour garantir des conditions d’apprentissage et de travail dignes.

Troisièmement, l’urgence du changement climatique nous oblige à faire évoluer les formations dispensées dans l'enseignement agricole.

L’agriculture est aujourd’hui à la fois victime des dérèglements climatiques et l’un des secteurs appelés à réduire son impact environnemental. Cette double réalité impose de repenser les contenus de formation afin de préparer les futur·es professionnel·les aux profondes transformations de leur métier.

Les enseignements aux transitions agroécologiques, à la gestion de l’eau, à la préservation des sols, à l’adaptation des systèmes de production, à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ou encore au développement de nouvelles pratiques agricoles doivent être accélérés. Ils doivent constituer l’axe structurant des formations dispensées dans l’enseignement agricole.

Nous devons limiter au maximum la pression sur des écosystèmes déjà mis à rude épreuve par le réchauffement, se projeter sur le long terme et éviter toute maladaptation, notamment en matière d’eau, dont le partage doit avant tout préserver la santé globale des populations, des milieux et des écosystèmes.

L’enseignement agricole a donc une responsabilité majeure : former des professionnel·les capables d’accompagner ces transitions et cela en urgence au regard de la vitesse de dégradation de la situation.

Préparer les agriculteur·rices, technicien·nes et responsables de demain suppose de leur donner les connaissances, les compétences et l’esprit critique nécessaires pour répondre aux défis environnementaux et climatiques auxquels ils seront confrontés tout au long de leur carrière. Mais ces mêmes professionnel·les doivent réduire en urgence leur impact sur le dérèglement climatique.

Enfin, nous dénonçons la baisse continue des moyens alloués à l'enseignement agricole en Nouvelle-Aquitaine.

Alors même que les défis n’ont jamais été aussi importants, les moyens humains et financiers continuent de diminuer, que ce soit dans l’enseignement initial scolaire, dans l’apprentissage ou dans la formation professionnelle continue.

Suppressions de postes, diminution des dotations, fragilisation des CFA et des CFPPA : ces choix budgétaires affaiblissent durablement l’enseignement agricole public. Ils limitent notre capacité à innover, à accompagner les transitions, à maintenir une offre de formation de qualité sur l’ensemble du territoire et à répondre aux attentes des jeunes, des adultes en formation et des professionnels.

Comment prétendre préparer l’agriculture de demain aux défis évoqués plus haut tout en réduisant les moyens de celles et ceux qui la forment aujourd’hui ? Cette contradiction est devenue intenable. Les ambitions affichées en matière de souveraineté alimentaire, de renouvellement de génération, de transition agroécologique ou d’adaptation au changement climatique ne pourront être atteintes sans un investissement massif dans l’enseignement agricole public.

Protéger les personnels et les apprenant·es, adapter les établissements, faire évoluer les formations et donner à l’enseignement agricole les moyens d’assurer ses missions sont les quatre conditions indispensables pour relever les défis qui s’imposent à nous.

Nous appelons donc l’État, ses représentant·es et le Conseil régional à prendre pleinement leurs responsabilités. Les enjeux climatiques, agricoles et sociaux exigent des décisions à la hauteur des besoins. L’enseignement agricole ne peut être considéré comme une variable d’ajustement budgétaire ; il constitue au contraire un investissement stratégique pour l’avenir de notre territoire et de notre agriculture.

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