CAEN Académie de Poitiers - 29 janvier 2026
Déclaration liminaire FSU / CGT Educ’action
En ce début d’année 2026, nos organisations syndicales souhaitent adresser à l’ensemble des personnels de l’académie, ainsi qu’aux membres de cette instance, leurs vœux de bonne année, avec l’espoir qu’elle soit placée sous le signe de conditions de travail améliorées, d’une meilleure reconnaissance des métiers et d’une réelle prise en compte de la santé et de la sécurité des agents. Malheureusement les informations qui nous sont parvenues autour du budget de la rentrée 2026 nous donnent à penser que certains de ces vœux resteront lettre morte.
Dans un contexte général marqué par de fortes tensions politiques, tant sur le plan national qu’international, génératrices d’anxiété et d’inquiétude, il serait essentiel que nous œuvrions collectivement à la construction d’un cadre de travail plus humain, plus solidaire et plus protecteur pour l’ensemble des personnels et les usagères et usagers du service public d’éducation, à savoir nos élèves.
Las, il n’en est rien ! Ce CAEN se tient de nouveau dans un climat de destruction affichée et de l’École publique.
Les choix budgétaires pour 2026, d’un pouvoir macroniste aux abois, définitivement délégitimé par le déni de démocratie dont il a fait preuve depuis 2024, ne peuvent qu’attiser la colère des agentes et des agents du service public d’éducation.
L’austérité, que les libéraux continuent de nier, est bien là, au détriment des services publics mais au profit des détenteur·trice·s du capital. Et ce n’est pas la prose flagorneuse du ministre Geffray qui change la donne.
Les chiffres (-4032 ETP (équivalent temps plein) annoncés lundi 26 janvier en CSAMEN corrigés le 28 janvier sont en effet sans appel :
Les suppressions (-3256) d’emplois d’enseignants dans l’Education nationale sont désormais une réalité : -1365 dans le second degré et -1891 dans le premier degré.
Dans notre académie cela correspond à -100 ETP pour le premier degré et -106 ETP pour le second degré, +1 ETP pour les CPE !
A l’obsession de la baisse démographique nous rétorquons par l’urgence du présent à revoir les taux d’encadrement de nos élèves et à baisser les effectifs de classe. Pour tous les autres personnels, si nécessaires au fonctionnement du service public d’éducation, les mesures sont nulles, à l’exception de quelques emplois AESH.
La rentrée 2025 dans notre académie a conduit à la fermeture de nombreuses classes du premier degré et concernant le second degré elle a été d’une grande brutalité avec de nombreuses divisions fermées, des postes supprimés pour un retrait d’emplois supérieur aux attentes ministérielles.
Il est donc évident que l’opération de saccage va se poursuivre pour la rentrée 2026 en sacrifiant davantage encore élèves, enseignants et personnels de l’Education Nationale, en taisant les besoins de nos vies scolaires, les besoins de nos élèves, en sacrifiant la santé des personnels.
Comme bon nombre de départements, ceux qui constituent notre académie connaissent une déprise démographique qui touche actuellement le premier degré et le collège. Reste que les taux d’encadrement ont connu un recul sans précédent sous la gouvernance du Président Macron et de ses gouvernements successifs. Aujourd’hui l’argument démographique est brandi pour supprimer des emplois à tour de bras mais pourquoi ce même argument n’a-t-il pas conduit aux créations requises au moment où la croissance démographique était bien là ? Ce recul de la démographie devrait être saisi pour accompagner tous les élèves comme il se doit, dans des classes à effectifs raisonnables. Or l’Ecole publique manque à sa mission ici faute de moyens quand le réseau privé poursuit son entreprise de ségrégation scolaire et sociale. Une fois encore nous tenons à le dire : des écoles portées par des idéologues douteux fleurissent sur nos territoires soit parce que l’Ecole publique manque cruellement de moyens soit encore parce qu’elle a fermé !
Bien évidemment, nous ne nous résoudrons pas à la nouvelle saignée du budget 2026 et continuerons à combattre cette logique délétère, à l’instar de la lutte qu’ont menée nos camarades au CSAMEN, contraignant le ministre à réinjecter 776 postes. Une goutte d’eau certes mais qui permettra d’alléger la pression sur nos collègues.
Nous espérons Monsieur le Recteur que vous interviendrez auprès du ministre pour que notre académie ne soit pas la grande sacrifiée…
La colère est aussi bien réelle quant à l’attitude déplorable de la droite sénatoriale, avec l’appui du gouvernement en la personne du ministre de l’Education nationale, qui, le 7 janvier dernier a rejeté, sous des prétextes fallacieux, un projet de loi transpartisane visant notamment à créer un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH. Cette revendication que nos organisations syndicales portent depuis des années et continueront de porter, doit pourtant permettre de reconnaître la place de ces personnels au sein de l’École publique, de les sortir de la très grande précarité dans laquelle elles et ils sont maintenu·es et de mettre en place ainsi une école véritablement inclusive ! Nous ne pouvons nous résigner au mépris affiché par ces nombreuses personnalités politiques qui, dans le cadre du débat budgétaire, affichent sans vergogne leur détestation du service public et des agent·es qui le portent. Pourtant il faudra bien et de manière conséquente et urgente revoir la rémunération des personnels de l’Education nationale, repenser leur carrière, respecter les droits qui sont attachés à leur statut, veiller à leurs conditions de travail si l’on veut demain que la République puisse garantir les missions de service public qui sont les siennes.
En matière de formation, il suffit de jeter un œil rapide aux évolutions de la carte des formations professionnelles pour constater le manque d’ambition de cette carte, l’attentisme qui la caractérise. On n’ouvre pas de CAP, un seul Bac pro, la mise en place d’une réforme du BMA qui de facto supprime une année de formation et les BTS continuent de voir le nombre de places disponibles fondre comme neige au soleil. Des moyens conséquents doivent être accordés à ces formations qui, par ailleurs, accueillent souvent un public qui cumule de nombreuses difficultés, sociales, de santé, de handicap…,
Si la situation est déplorable dans l’Education nationale, elle l’est tout autant dans l’enseignement public agricole en général et en Nouvelle Aquitaine en particulier.
La Loi d’Orientation pour la Souveraineté Alimentaire et le Renouvellement des Générations en Agriculture (LOSARGA mars 2025) fixe un objectif ambitieux : augmenter de 30 % (par rapport à 2022) les effectifs dans les formations agricoles et agroalimentaires afin d’assurer le renouvellement des générations, accompagner la transition agroécologique et répondre aux besoins des territoires. Elle affirme l’intérêt général majeur à garantir la souveraineté alimentaire de la Nation.
Cette ambition nécessite une cohérence réelle entre les annonces politiques, les décisions budgétaires et leurs mises en application à l’échelle de l’Académie.
Pourtant, les réductions successives de moyens dans l’Enseignement Agricole Public de Nouvelle-Aquitaine se succèdent. Pour la prochaine rentrée, est annoncée la suppression de 4,3 postes, soit 2 700 heures de dotation globale horaire. Cette situation est incompréhensible et inacceptable puisque à l’inverse l’Enseignement Agricole bénéficie, au niveau national à la rentrée 2026, d’un solde positif de moyens. Une situation d’autant plus incompréhensible que les chiffres fournis par la DRAAF au Ministère et servant au calcul de cette dotation sont faux et ont été dénoncés.
Ces décisions conduisent un lycée agricole à ne proposer que des formations de l’Éducation Nationale. L’ouverture de formations relevant de l’Éducation Nationale dans les lycées agricoles interroge sur la stratégie suivie quant au devenir de l’Enseignement Agricole et la réponse aux objectifs de la LOSARGA mars 2025.
L’évolution de la carte régionale des formations illustre par ailleurs une politique régressive pour l’Enseignement Agricole Public, marquée par un nombre très limité d’ouvertures et plusieurs fermetures non compensées (en particulier dans l’Académie avec des fermetures nettes de formations supérieures courtes, BTSA dits du « cœur de métier »), fragilisant le devenir voire menaçant l’existence de certains établissements et marquant l’abandon pur et simple de filières pourtant stratégiques. Le déséquilibre au profit de l’enseignement privé devenant, année après année, de plus en plus criant.
À cette même rentrée, le Bachelor Agro, nouvelle formation présentée comme stratégique, sera déployé. Mais, comment répondre aux besoins des filières agricoles et agroalimentaires, comment élaborer les projets, garantir la qualité pédagogique et l’accompagnement des étudiants lorsque les équipes sont amputées de moyens humains et que les dotations restent insuffisantes ?
Par ailleurs, pour la deuxième année consécutive, le CAEN est amené à se prononcer sur une carte des formations différente de celle présentée au CREA (Comité Régional de l’Enseignement Agricole).
Dans la première région agricole de France, l’Enseignement Agricole Public ne doit pas marquer l’abandon de l’ambition ministérielle et ne saurait être réduit à une variable d’ajustement budgétaire, empêché de remplir ses missions de service public, empêché de répondre à la crise d’attractivité des métiers de l’agriculture et de l’agroalimentaire.
Le service public d’éducation, qu’il relève de l’Education nationale ou du ministère de l’agriculture, mérite bien mieux qu’une gestion strictement comptable de boutiquiers. Nous ne cessons de le répéter : il lui faut des moyens à la hauteur de sa mission d’intérêt général et des défis auxquels il est confronté ; il en va de la formation de la jeunesse de ce pays, de son avenir mais aussi de notre contrat social et de notre démocratie.
Les incantations militaristes ne permettront jamais de faire nation contrairement à l’éducation et ses promesses d’émancipation.
