Il y a 50 ans Claude Grignon (sociologue français, spécialisé dans la sociologie de la culture et de l’éducation) publiait dans la revue « Actes de la recherche en sciences sociales » un article fondateur analysant le rôle de l’enseignement agricole dans la reproduction des inégalités sociales au sein de la paysannerie (« L’enseignement agricole et la domination symbolique de la paysannerie« ).

Cinquante ans plus tard, le GRESCO (unité de recherche de sociologie commune aux Universités de Limoges et de Poitiers) proposait de réinterroger ce rôle dans un contexte profondément transformé, dans le cadre d’une journée d’étude le 17 décembre dernier.

Le GRESCO constate que si l’enseignement agricole demeure un système de scolarisation séparé, soumis à la politique agricole de l’État, il a vu ses certifications s’harmoniser avec celles de l’Éducation nationale, tandis que ses publics se sont diversifiés. La raréfaction des élèves issus du monde agricole, la féminisation croissante des formations et la diversification des débouchés ont modifié ses fonctions sociales.

Pour le GRESCO, les recherches universitaires récentes montrent à la fois la persistance des divisions sociales et de genre, et les capacités de résistance des publics face aux modèles institutionnels dominants. Dans un contexte de crise du renouvellement agricole et de montée des enjeux environnementaux, cette journée visait à faire le point sur les travaux actuels analysant la production et la recomposition des inégalités sociales dans l’enseignement agricole.

Ont présenté leurs travaux :

Clara GAURICHON  (Clersé, Université de Lille) qui travaille une thèse sur l’évolution de l’enseignement agricole avec la politique favorable à la « transition agroécologique » et les mécanismes de reproduction du productivisme agricole,

Samuel PINAUD (IRISSO, Université Paris Dauphine) et Léa SENEGAS (Lab-LEX, ARÈNES, Université Bretagne Occidentale) qui ont présenté leur recherche sur la filière de l’agroéquipement,

Manon CAUDRON FOURNIER (LISST Dynamiques rurales & UMR Territoires – ENSFEA & VetAgro Sup) qui travaille une thèse sur l’agroéquipement et les rapports de genre et de classe en Bac Pro CGEA et Agroéquipement,

Emma FRISON (LISST-Dynamiques rurales, Université Toulouse Jean Jaurès, ENSFEA) qui est intervenu sur son travail de thèse sur les espaces d’apprentissage aux métiers agricoles, appréhendés dans une perspective de genre,

Antoine DAIN (CERLIS, LEST) et Caroline LEROUX (CERLIS, Université Paris Cité) qui ont présenté les résultats d’enquête qui vise à saisir les profils et les parcours des nouveaux installés en agriculture.

Laure MINASSIAN  (CIRCEFT Escol, Shanghai University) et Joachim BENET RIVIERE (GRESCO, Université de Poitiers) qui ont échangé sur la genèse et le développement du mouvement des Maisons Familiales Rurales (MFR).

Invité par le GRESCO, le SNETAP-FSU a pu assister à ces travaux particulièrement riches, denses et stimulants. Il a participé, en conclusion des différentes présentations, à une table ronde professionnelle intitulée « Les personnels de l’enseignement agricole secondaire et supérieur face à la Loi Duplomb et son monde« .

L’ensemble de ces travaux universitaires devront dans les mois et les années à venir alimenter notre propre réflexion syndicale et nourrir nos combats.

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