Le SNETAP-FSU Nouvelle Aquitaine a écrit à la Directrice Régionale de la DRAAF pour dénoncer une nouvelle censure au lycée agricole de Melle et demander des explications.

LES FAITS

Le samedi 14 mars 2026, quatre étudiant·es en BTSA « Gestion et Protection de la Nature » au lycée agricole de Melle (Deux-Sèvres) organisaient une « fête paysanne » dans le cadre des « Semaines de l’agriculture paysanne ».

Ces Semaines de l’agriculture paysanne, à l’initiative des ami·es de la Confédération paysanne, fêtent cette année leur 12ᵉ édition. Elles permettent à des étudiant·es ou à des associations étudiantes, sur l’ensemble du territoire national, d’organiser des débats et des échanges autour des enjeux agricoles et alimentaires. Ces événements prennent la forme d’ateliers, de visites de fermes ou encore de manifestations culturelles visant à sensibiliser les jeunes aux défis de l’agriculture et de l’alimentation.

Depuis 2016, ces initiatives sont portées par des étudiant·es d’établissements d’enseignement supérieur reconnus : AgroParisTech à Paris, l’Université Bordeaux Montaigne, l’École normale supérieure de Lyon, l’Institut Agro Montpellier, l’Université Toulouse III, AgroSup Dijon ou encore Sciences Po Paris, entre autres. Depuis leur création, aucun de ces événements n’a été remis en cause par ces établissements.

Pourtant, ce samedi 14 mars, alors que pour la première fois un événement de ce type était organisé par des étudiant·es d’un lycée agricole, ces dernier·ères ont pris la décision douloureuse d’annuler leur manifestation, préparée depuis plusieurs mois.

Ils et elles expliquent cette décision par la remise en cause, par la direction de l’établissement, de certains partenaires du projet, quinze jours seulement avant la tenue de l’événement, ainsi que par l’accusation portée d’un prétendu manque de neutralité et de pluralisme dans le programme de cette fête.

Nous rappelons que cet événement s’inscrivait pleinement dans un Projet d’Initiative et de Communication (PIC), conforme au référentiel de formation du BTSA, et qu’il était suivi et accompagné par des enseignant·es de l’établissement. Nous rappelons également que ce projet était connu de la direction depuis plusieurs mois et qu’il avait été validé par le Conseil d’administration dès le mois de décembre. Enfin, cette initiative était annoncée depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux et sur les sites internet de différents organismes, dont la mairie de Melle.

Nous soulignons aussi que cette fête, par nature a-partisane, devait se dérouler en dehors de l’établissement, en centre-ville de Melle. Dans ce contexte, il est difficile de ne pas établir un parallèle avec la tenue de l’assemblée générale de la FDSEA 79 au sein même du lycée en mars 2023. L’absence manifeste de neutralité de cette réunion n’avait alors visiblement pas suscité de réserve particulière de la part de la direction, alors même qu’elle intervenait dans un contexte de fortes mobilisations agricoles.

Cette fête paysanne n’aura donc pas lieu, du fait de la pression exercée par l’équipe de direction sur les étudiant·es, alors que des événements similaires se tiennent depuis plusieurs années dans de nombreux établissements sans rencontrer de difficultés.

UNE NOUVELLE CENSURE

Nous ne pouvons ignorer que cette situation intervient une nouvelle fois au lycée agricole de Melle. L’établissement avait déjà fait l’objet d’une polémique en 2015 avec l’intrusion de plusieurs éleveurs, certains « furieux », en plein Conseil d’administration du lycée agricole pour « demander des explications » aux membres du conseil suite à un repas végétarien organisé au lycée Desfontaines dans le cadre d’un travail étudiant de GPN. En 2017, nouvelle polémique, à retentissement national, lorsqu’un PIC étudiant proposant un débat autour de la cause animale et des notions de spécisme et d’antispécisme avait été interdit. En 2019, une équipe pédagogique s’était également trouvée empêchée de proposer une approche contradictoire sur le projet d’implantation de réserves de substitution dans le Marais poitevin dans le cadre de la formation de Bac STAV.

Ces épisodes successifs interrogent profondément. Ils semblent révéler l’existence de formes de censures préventives dès lors que certains sujets agricoles ou environnementaux deviennent sensibles. Cette situation est d’autant plus préoccupante que nous connaissons les pressions et intimidations que certaines organisations professionnelles peuvent exercer à l’encontre de nos établissements lorsque des sujets leur déplaisent : cours sur le loup à Meymac, conférence de l’association « Transitions Limousines » à Limoges, débat sur le spécisme à Melle, projection du film Petit Paysan à Moulins, etc.

LE SNETAP-FSU CONDAMNE FERMEMENT CETTE CENSURE

Le SNETAP-FSU Nouvelle-Aquitaine condamne fermement la décision de l’équipe de direction de remettre en cause le travail des étudiant·es et, indirectement, celui de l’équipe pédagogique qui les a accompagnés. La pression exercée sur les étudiant·es constitue une atteinte préoccupante à la liberté pédagogique des équipes.

SOUTIEN AUX ETUDIANT.ES ET A L'EQUIPE PEDAGOGIQUE

Nous apportons tout notre soutien aux étudiant·es organisateurs et organisatrices de ce projet de fête paysanne ainsi qu’aux personnels qui les ont accompagné·es dans cette démarche pédagogique.

Nous vous demandons que toute la lumière soit faite sur les raisons réelles ayant conduit à cette annulation et que les garanties nécessaires soient apportées afin que de telles situations ne se reproduisent pas.

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